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« Woke », une étiquette qui vaut tripette !

« Alors profondément, moi je m’en fous… En revanche, quand on sait que c’est sous-tendu par toute une mouvance politique qui me gonfle. C’est ce qu’on appelle les fameux « wokes »… Et donc, moi je suis contre tout ce qui les concerne, parce que quand on soutient un petit truc, on soutient tout ».

C’est cette phrase d’Isabelle Morini Bosc qui m’a donné envie d’en savoir plus sur le mot « Woke ».  La chroniqueuse donnait son avis sur le pronom Iel (TPMP- 21-11-2021) : 

Les « wokes » seraient donc une nouvelle mouvance politique, apparemment haïssable qui porterait un tas de revendications monstrueuses. 

Et comme, je ne pouvais pas être contre l’entrée de Iel dans le dico. C’est un mot qui a un usage effectif dans une partie de la population au même titre que gouttiner (pluie en Belgique) ou s’entrucher (s’étouffer en avalant de travers).

Comme, en plus, je prône des valeurs plutôt progressistes de multiculturalité, de vivre ensemble et d’émancipation… que les mots « genre », « privilège », « intersectionnalité » font sens pour moi. A coup sûr, je me fait étiqueter de « woke », et donc plus rien de ce que je pourrais dire n’aura de valeur pour une partie de la population. « Woke » semble aujourd’hui faire partie de la famille des mots dangereux qui permettent de balayer un discours ou un sujet d’un revers de main.

Un peu expéditif, non ? Qui censure qui ? Pourquoi ? Que faire de cette étiquette ?  L’accepter, la revendiquer ou la refuser ? Alors j’ai essayé de dépatouiller tout ça ! D’où vient le mot « woke » ? Quelle est sa véritable définition ? Pourquoi est-il apparu en période pré-électorale ? À quoi sert-il ? Les anti-wokes ont-ils un peu raison ?

D’où vient ce mot, que veut-il dire ?

Woke vient de l’anglais et veut dire éveillé. C’est un état d’éveil face à l’injustice. Il est issu, à la base, des luttes afro-américaines contre le racisme. Et a ensuite refait surface aux états unis en 2014 avec le mouvement Black Live Matter et le hashtag #staywoke suite à l’acquittement d’un policier pour le meurtre d’un noir .

Photo by <a href=Le « mouvement woke » aux Etats-Unis luttait contre les discriminations et pointait les inégalités induites par le système social et politique en place. La définition a ensuite dépassé les questions raciales.

Seraient également « woke » aujourd’hui : les marches pour le climat, les questions relatives aux femmes (#metoo, #balancetonporc…), les luttes pour les LGBTQIA+…

Cela me rappelle que Le New York Times avait titré en 2018 : « Les Golden Globes à moitié woke » pour quelques discours teintés de féminisme suite à l’affaire Weinstein.

Autrement dit, sont « woke » toutes les luttes qui demandent de nous remettre en question, de remettre en question les systèmes en place et qui tentent de faire bouger les lignes.

Une définition ?

Avant de discuter ensemble d’un sujet, il faut s’assurer qu’on parle bien de la même chose. Il faut donc s’accorder sur sa définition.

On peut discuter autour des « poêles ». Si l’un parle de « poêle à frire » et que l’autre répond en pensant « poêle à bois », nous sommes dans un dialogue de sourd… . Et pour le mot woke…. C’est exactement ça le problème !

En fait, le mot « woke » n’a aucun fondement scientifique réel. Il n’existe aucun accord sur une définition. Il n’existe pas non plus de textes ou de corpus idéologique qui permettrait de baliser ce terme contrairement par exemple au terme « féminisme ». Le wokisme serait un mouvement de pensée, d’idéologie, mais en fait ce n’est rien de tout ça car ce n’est pas structuré ni concerté. On ne sait pas qui cela recouvre, quelles idées cela regroupe. On est loin en France et en Belgique de l’idée de base du mouvement woke anti racial américain qui était un peu circonscrit et organisé. Chacun y met, en fait, un peu ce qu’il veut, fait sa tambouille personnelle à partir de ce qu’il a vu, entendu et cru comprendre… Pas simple.

J’ai donc mené l’enquête.

En lisant des articles sur le sujet, surtout des articles à charge, il me semble qu’on peut identifier 5 axes de définitions différents.

1. Tous les progressistes

Pour certains, les « wokes » englobent toutes les personnes qui portent des idées progressistes et de justice sociale (au niveau écologie, égalité hommes-femmes, LGBTQIA+, les anticapitalistes…). Oui, cela reprend donc quasiment toutes les personnes de gauche, des personnes apartisanes et même des personnes plutôt de droite sensibles à ces questions. Ca fait du monde, c’est la définition la plus large. 

2. Certains domaines d’études

Cette idéologie serait représentée par certains domaines de recherches à l’université comme les études de genre, décoloniales et post-raciales.

3. Un type de comportement militant

Une définition plus restreinte considère comme woke, quelqu’un qui a un certain type de comportement militant. Les linguistes québécois Gabriel Ouimet et Andrea Lubeck donnent comme sens péjoratif du terme : « Personnes endoctrinées, étrangères au dialogue démocratique« . Cette définition décrit des individus moralistes, dogmatiques, empreint de pureté militante qui donnent des leçons, prônent la “cancel culture”. C’est à cette définition qu’Obama faisait allusion dans son soi-disant discours « anti-woke”.

4. Des vengeurs

Et finalement d’autres y voient des personnes qui veulent se venger de l’histoire (de la colonisation, de l’oppression du patriarcat par exemple), des personnes qui utilisent la violence pour imposer leurs idées ou qui veulent prendre le pouvoir de force. 

5. Des personnes qui seraient contre l’universalisme français

Une idée que l’on peut retrouver dans les discours politiques est que les « wokes » voudraient essentialiser les différences et fragmenter la société en ilots identitaires. Ce qui serait en totale contradiction avec l’Universalisme progressistes des lumières. 

Qui sont les Anti-wokes ? 

Au vu de ces définitions mouvantes presque tout le monde pourrait se dire anti-woke ou woke en fonction de ce qu’il en comprend. Mais alors qui sont les anti-wokes purs et durs ? Je vous ai posé la question sur Facebook. Comment pourrait-on qualifier les anti-woke ? Vous m’avez répondu : 

  • des Boomers, 
  • des conservateurs, 
  • des réacs 
  • l’extrême droite
  • des slips (pour endormis)

C’est donc des antonymes de « woke » dans sa première définition que vous m’avez donné.

Les synonymes de woke

Depuis quelques années, les mots pour disqualifier les idées progressistes semblent arriver par vague. On a eu “gauchiste”, “bisounours”, “bobo”, et plus récemment le mot “islamo-gauchiste”. Un terme flou qui ne repose encore une fois sur aucun fondement scientifique (cf. Wikipedia). Ce mot a été popularisé par la Ministre française Frédérique Vidal . Le site d’extrême droite Fde souche avait sauté sur l’occasion pour diffuser une liste pointant 600 soit disant “islamo-gauchistes” complices de l’islam radical : des professeurs, des chercheurs et chercheuses, des journalistes… Tous dans cette liste juste parce qu’ils étaient signataires d’une manif contre l’islamophobie….

Diffusion d’une liste de personne à abattre+ exacerbation de la haine. Les conséquences de l’utilisation de ce mot sont flippantes !

Après cet épisode, le mot islamo-gauchiste a montré ses failles. Il ne marchait plus bien… Autre tactique. Et si au lieu d’inventer un terme, on en reprenait qui existe, qui a l’air positif . On en change le sens pour les personnes qui sont de notre bord d’abord, et ensuite cela déteindra par capillarité idéologique. Cela permettra de diaboliser, censurer, et virera les sujets gênants du champ politique. Un plan parfait, non ? 

Et c’est là que « woke » est apparu, importé des États-Unis.  

En France, comme aux Etats-Unis , aujourd’hui ce terme n’est majoritairement pas utilisé par les universitaires travaillant sur les discriminations, ni par les militants pour l’égalité, ni par les personnes de gauche.

Majoritairement veut dire que quelques personnes s’en revendiquent.  Pierre Valentin, l’auteur d’un livre à charge sur les « wokes » a tendance à utiliser ces exceptions comme preuve de la véritable existence d’un mouvement.

En fait, aucun groupe ne se revendique « woke » et ce n’est pas validé par des études sociologiques qui prouveraient l’existence d’un nouveau sociotype. C’est quand même fou ça. Un ministre de l’éducation nationale crée un Think-tank sur un concept qui ne désigne rien et tout à la fois. Ça avait déjà raté avec Islamo-Gauchiste. En cours de sciences sociales ou d’esprit critique, c’est un 0 pointé !

Think-tank sur les « wokes », ça sonne plus stylé que la traduction :  un groupe de réflexion pour surveiller que les personnes qui luttent pour l’égalité et la justice sociale ne remettent pas trop en cause le système. (Encore une fois, un terme flou permet de nombreuses traductions-mais c’est toujours intéressant de traduire). 

Fréquence du mot Woke en France sur Google. Le pic 1 correspond à la Fakenews accusant les wokes de vouloir interdire le latin et le grec, le deuxième à l’annonce du Think Tank contre le wokisme de Jean-Michel Blanker.

A quoi sert le mot woke?

Ce mot est utilisé comme arme politique pour influencer l’opinion publique. Ceux et celles qui l’utilisent dans ce but n’ont aucun intérêt à ce qu’on puisse le définir clairement. 

1.Dénigrer

Quand le mot « woke » est prononcé en politique, c’est majoritairement par la droite conservatrice dans le but de décrédibiliser les militants de gauche. 

Nommer directement les personnes de gauche, les écolos et toutes les personnes aux valeurs progressistes cela ne fonctionnerait pas bien. C’est trop clair, trop frontal. 

Mais un mot anglais, c’est vendeur, flou à souhait…

Alors qu’il y a quelque temps, être qualifié de « woke » était plutôt cool (quelqu’un de conscient et de progressiste), certains militant·es voient de plus en plus ce terme comme offensant (pour le glissement vers le coté dogmatique et moralisateur).

2.Censurer

Cela permet des balayer des demandes liées à la justice sociale et à la reconnaissance de la diversité.

En France les « wokes » sont présentés comme les ennemis du modèle républicain universaliste, donc ennemi de la République et d’une certaine « identité française » posée sur les valeurs de Liberté, égalité, fraternité, laïcité. Comme si juste le fait d’énoncer le principe que tout le monde est libre et égaux en droit le rendait automatiquement vrai dans la société.

Dans la vraie vie, hors des beaux discours de nombreuses personnes vivent des injustices. Les dénoncer, pointer les systèmes qui les perpétuent, c’est une façon plus concrète d’essayer de rejoindre ces valeurs de liberté, égalité, fraternité, laïcité.

Ce n’est pas magique. Permettre à chacun de s’exprimer, mettre en place les conditions du vivre ensemble, confronter les points de vues, permettre l’égalité, la liberté cela demande des réflexions comme par exemple l’intersectionnalité. Certaines techniques peuvent aussi apparaître contre-intuitive quand on ne travaille pas sur le terrain comme les rencontres en non-mixité. Elles permettent notamment de libérer la parole pour la faire exister. 

Sans oublier, que les droits énoncés n’ont aucune valeur s’ils sont impossibles à exercer. 

Par ex :  au niveau du droit à l’IVG, si on supprime les subventions des plannings familial, si on ne résout pas les problèmes des déserts médicaux, cela restreint drastiquement l’accès à ce droit. 

Ce qu’on accuse de « wokisme » dans ce sens ce ne serait pas justement essayer de rendre ces valeurs piliers moins « hypocrites », plus concrètes, de les ancrer dans la réalité ? 

3.Faire peur

C’est le Sophisme de l’épouvantail : cela consiste à présenter la position de son adversaire de façon exagérée.

Quelques techniques :

Monter des faits anecdotiques, parfois même des mensonges en épingle pour susciter l’indignation 

  • NON, les féministes n’on jamais voulu canceller Blanche-Neige, une journaliste a juste posé une réflexion dans un article (intéressante, ceci-dit).
  • NON,  les wokes n’ont pas voulu interdire le Grec et le Latin (Debunkage de l’info).

Par ailleurs, une anecdote n’est pas une preuve d’un phénomène général ! 

Généraliser des propos tenus par les personnes qui défendent une  » pureté militante » et des positions extrêmes et faire croire que tous les militants de la cause pensent la même chose. Ou inviter ces personnes dans les médias parce qu’on sait que cela va faire le buzz. 

Rendre le soi-disant wokisme coupable de tout et n’importe quoi même quand cela n’a rien avoir avec les décisions prises. Rappelez vous ce pauvre Pépé le putois, dragueur lourdingue, coupé au montage d’un film à cause des féministes -un scandale ! En vrai, le nouveau réalisateur du film trouvait juste la scène inutile. 

Ces posts indignent et sont donc hautement partageables, cela donne l’impression que les « wokes », ce groupe imaginaire, est coupable de plein de choses, qu’il censure à tout va, détruit la culture. Malheureusement, les mensonges sont vite dits mais long à déconstruire (loi de Brandolini). Les explications qui donnent la vérité des faits arrivent, trop tard et ne sont pas, elles, aussi largement partagées. 

Des champs d’études universitaires tout à fait sérieux sont pointés du doigt comme les gender studies, l’histoire décoloniale… Donner des visions différentes, une autre approche d’un sujet n’enrichirait pas sa compréhension mais serait une menace pour la démocratie. Entre nous, j’ai du mal à comprendre cette approche. 

Créer un ennemi permet de se poser en victime.

Un des moyens d’action principal des « wokes » serait la « cancel culture ». Encore un joli mot anglais. Des appels ont été lancé au Boycott pour Starbucks, ou au cancel pour Polanski, Zemmour… avec les résultats que l’on connait.

Les appels à « canceller » ou au « boycott » permettent de mettre des coups de projecteurs sur des sujets. Les médias raffolent de ces termes alors ils en parlent. C’est souvent un des seuls moyens d’action à disposition des minorités. Mais devinez quoi ? Comme cela les oppose souvent aux détenteurs de pouvoir, c’est rarement suivi d’effets concrets. Par contre quand une actrice se fait couper au montage car elle a déposé plainte contre le réalisateur, quand un employé se fait virer parce qu’il remet en question la direction… ce n’est pas de la cancel culture, c’est juste la vie (sarcasme). 

4.Dissimuler l’idéologie dominante

Dire que le wokisme est une idéologie dominante est faux. L’idéologie dominante est justement, celle qu’on ne voit plus. Elle est omniprésente et invisible car elle a totalement imprégné la société. Ceux qui abusent du mot « woke », portent eux aussi une idéologie (une série d’idée sur la façon dont le monde fonctionne et doit fonctionner). D’ailleurs, au niveau des tendances, on peut observer que les mouvements identitaires de droite sont de plus en plus importants dans les endroits de pouvoir notamment au niveau politique en Europe. Le racisme décomplexé accompagne une zeemourisation de la société, on est loin d’une société « Woke ». 

Note : Sur les médias traditionnels, les valeurs progressistes sont surtout utilisées dans un but marketing. Elles ont envahit la pub avec le wokewashing. Cette technique permet aux marques de se donner une bonne image à bas prix avec des discours sur le body positive, la multiculturalité, la communauté LGBTQIA+. C’est moins réfutable que le greenwashing et ç’est pas cher. Mais cette réflexion devrait surtout se faire dans un autre pan de la société : celui de la politique. 

5.Eviter de partager le pouvoir

Ces dernières années, les médias sociaux ont permis à certaines minorités peu visibles d’enfin se faire entendre avec des hashtags tels que #metoo, #balancetonporc-ton hosto, #payeta… #Onvautmieuxqueça… Mais si cela a eu une certaine résonnance dans les milieux associatifs et chez les personnes sensibilisées, les concepts progressistes comme intersectionnalité, privilège, genre… sont toujours peu connus et souvent mal compris par la population. Au final, dans les faits, une partie de la population est toujours peu présentes et peu représentées dans les médias traditionnels. Augmenter l’espace de parole des minorités, c’est de facto enlever du pouvoir à ceux qui l’avaient complètement avant. C’est permettre l’existence de discours, et de points de vue différents, c’est parfois remettre en question les façons dont on a toujours fait. 

Les anti-woke, ont-ils un peu raison ?

Dans une de leur définition, les anti-woke pointent les attitudes dogmatiques et moralisatrices de certains militants. C’est cette façon agressive, dogmatique de militer que le président Obama pointait lors d’un discours. Ce n’était pas un discours anti-woke mais la critique d’une attitude de militance qu’il jugeait contreproductive.

Je suis assez d’accord avec lui… il m’est arrivé aussi de rencontrer sur internet des personnes extrêmement agressives qui traquent les moindres incohérences chez les autres militants. Ils traquent le moindre écart de langage, critiquent les actions car ils veulent imposer leur manière de militer, les bons angles, les bons sujets en dénigrant tous les autres.

D’autres décident de qui peut ou non parler d’un sujet. S’il est clair que les personnes concernées doivent avoir de l’espace pour prendre la parole. La peur de ne pas être légitime bloque de nombreuses paroles  qui auraient aussi pu être utiles pour la cause. Je trouve ça dommage. 

La conséquence de ça, c’est que des personnes qui souhaitent s’engager ne sautent pas le pas, par peur de se faire agresser, de faire une erreur, de dire une connerie… Ca m’est arrivé au tout début, je ne me sentais pas bien. J’ai changé pour un groupe plus ouvert à la discussion et ça é été une tout autre expérience.

Rejoindre un groupe, s’engager pour une cause qui nous semble juste, cela devrait être quelque chose d’enthousiasmant où les actions nous enrichissent. C’est retrouver un sens profond à notre existence et vivre certes des moments durs, révoltants parfois mais aussi des moments de joies et de solidarités…

Retournement du stigmate

Je termine par une réflexion enthousiasmante. 

Le mot « woke » peut regrouper toutes celles et ceux qui sont sensibles aux combats progressistes (écologie, égalité hommes-femmes, antiracisme…). Il regroupe aussi des scientifiques, des journalistes, des citoyens et citoyennes, des militant·es de toutes sortes… En fait ce mot crée quelque part un grand mouvement qui n’existait pas vraiment avant. Et si on le faisait exister ? 

N.B. Le « profil woke » me fait aussi penser à un « sociotype » qui existe vraiment mais qui a peu conscience de lui-même :  les créatifs culturels (j’ai bien envie d’écrire un article sur le sujet, si cela vous tente mettez-moi un petit mot en commentaire). 

Faut-il accepter le mot woke ?

Là, j’ai besoin de vous, qu’en pensez vous ? 

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