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La face cachée des Bisounours et des bobos

***RETRANSCRIPTION DU PODCAST***

Vous vous êtes déjà fait traiter de bisounours, de bobo, de bisounours bobo gauchiste ? D’où vient l’ utilisation de ce mot ? Le Bisounours est-il vraiment irréaliste ? Comment réagir face à cette étiquette ?

Le bisounours

Quand on y réfléchit ?  Traiter quelqu’un de Bisounours, c’est juste, au final, une façon non dangereuse de lui dire  « Ta gueule».
Si vous écrivez  « Ta gueule »  sur un post FB, votre discours risque de perdre toute crédibilité  et vous risquez  en plus de déclencher un tsunami d’insultes en retour.  Donc Bisounours,  c’est  pratique ! Oui, parce que la personne qui se fait traiter de la sorte ne sait souvent pas trop comment réagir. C’est  décrédibilisant, méprisant, infantilisant mais… C’est gentil un Bisounours, dois-je accepter ? Et si je n’accepte pas, qu’est-ce que je réponds.

Mais qui traite-t-on de Bisounours ?

À la base, le Bisounours est un individu qui a des idées exagérément naïves. Mais comme souvent (c’est aussi le cas pour le mot bobo), les contours de la définition se sont agrandis. Ils sont devenus aussi flexible qu’un chewing-gum, se mettant à coller à toute personne qui refuse la banalité de la violence ou qui souhaite simplement orienter les débats vers plus d’humanité.

Bisounours, c’est quoi ?

Ils ont d’abord été des peluches à succès des années 80. Ils ont été ensuite adapté en dessin animé.  Et, oui, pour ce podcast, j’ai regardé quelques épisodes des Bisounours première génération, il y en a eu 4.
Et j’ai été surprise … car oui, les Bisounours prônent l’amour, l’entraide et la bonne humeur. Et oui, ils sont un peu niais. Mais leur monde n’est pas tout rose : l’eau disparaît, les étoiles s’éteignent… Leur grand ennemi est le Professeur cœur de pierre. Il a pour objectif de  rendre les enfants méchants et d’inonder le monde de haine.

 

Comment empêchent-ils Cœur de pierre de réussir ses affreux dessein ?

Ils tentent toujours la négociation pour trouver un accord win-win. Mais si ça échoue, ils font des réunions. Ils brainstorment pour trouver un moyen d’agir. Et au lieu de sortir des flingues et de dézinguer le professeur, solution la plus rapide. Ils optent pour des process créatifs, on dirait même aujourd’hui disruptif : rejouer une musique à l’envers pour remonter le temps, par exemple. S’ils ne performent pas avant la deadline annoncée pour la catastrophe. Ils sortent leur plan B : un rayon magique qu’ils produisent ensemble.  Moi, en découvrant leur workflow… j’ai été scotchée, drôlement efficace pour des peluches.

 

Bref, ils sont  courageux et prennent les problème à bras le corps (avec leurs petits bras en mousse et leurs petits corps tout doux).  S’ils restaient à siroter des bubble bières sur les nuages, en discourant sur la coupe du monde du lancer de bisous… hé bien, il n’y aurait pas eu de dessin animé.

Qui voit cette peluche fan de bisous comme un criminel dangereux à abattre ?  

Normalement les personnages publics font attention à leur langage. Ils ne diraient jamais “Mais tu vas la fermer“ à un autre politique à la TV, mais le traiter de Bisounours, ça passe.  C’est devenu plus courant… Une façon de disqualifier le discours de ceux qui pensent qu’il y a des alternatives aux solutions qu’on nous impose. S’il était fortement utilisé par la droite néolibérale, comme les mots « bobo » et « gauchiste »… Il s’est depuis répandu dans toute la sphère internet. Se faire traiter de Bisounours veut dire qu’on a touché quelque chose chez la personne qui sort cette insulte : une frustration, une colère, un désenchantement. Et je pense que l’on ne doit pas se sentir atteint… c’est triste en fait de ne plus croire en la bonté humaine.

Fait amusant : si aujourd’hui  on se fait traiter de bobo bisounours gauchiste, après guerre l’injure ultime envoyée notamment à Camus ou Saint-Exupéry  était “humaniste”.

Les brutalistes

Donc il y a les bisounours, et en face… Et bien, il n’y a rien…  Il n’y a pas de mot pour les anti Bisounours et ce qui ne se nomme pas, n’existe pas.  Et donc ne peut pas être pensé, ni remis en question. Le site Hacking Social dont j’adore les analyses a décidé de donner un nom aux autres « les brutalistes ». Ils dessinent également leur  portrait robot en gros traits. Que pense ces fameux brutalistes ? La gentillesse, sous toutes ses formes, est une faiblesse, elle est inefficace. Ceux qui ne pensent pas comme lui sont des ennemis donc il faut les remettre à leur place. Le brutaliste évolue par  compétition et jugement des autres. Ses arguments pour contrer une idée : c’est  « has been », « ça ne sert à rien », « c’est pas le monde des bisounours ici», « il y a pire ailleurs » ou la meilleure « tu réfléchis trop »… Leur crédo « C’est le plus fort, le plus féroce qui réussi” Si vous voulez en savoir plus sur les brutalistes, je vous conseille d’aller lire l’excellente analyse du site Hacking Social “Qui veut la peau des Bisounours”.  

Maintenant, si vous considérez que les hommes sont mauvais et égoïste, il y a beaucoup de chance pour que cela soit le cas dans votre petit monde. D’abord, il y a le biais de confirmation, chaque horreur vue ou entendue va confirmer cette vision. Et certains médias nourrissent fortement ce pendant-là en nous abreuvant de faits divers dramatiques. Le malheur fait vendre. Mais ces médias catastrophistes biaisent notre vision du monde. Alors que le nombre de crime a tendance à diminuer, le sentiment d’insécurité, lui, augmente.

Le problème dans le quotidien, c’est que cette vision peut entraîner une  attitude. Si on entre en relation en regardant avec méfiance la personne en face de nous… la relation risque d’être moins sympa. Je ne dis pas ici que les gens malhonnêtes n’existent pas. Je dis juste qu’en généralisant cet a priori, on n’améliore pas les relations humaines.  Face à ça,  quelqu’un traité de Bisounours, va peut-être lui aussi être être soumis à ce biais de confirmation mais pour les choses positives.

Personnellement, je pense que les deux sont vrais. Comme le disait une jolie fable sur les loups, c’est la vision qu’on nourrit qui se développe.

On oppose souvent « bisounours » et « réaliste »

A l’école, on nous apprend que l’évolution de l’homme s’est faite grâce à la sélection naturelle. “ Les plus forts survivent”. On a gardé cette “phrase slogan” des propos de Darwin. Mais quand on se regarde honnêtement, avec notre corps nu et fragile, on se rend bien compte qu’on ne fait pas le poids seul face à des prédateurs. Les livres scolaires passent donc souvent complètement sous silence l’autre pan qui nous a également permis de survivre :  la coopération. On chassait en groupe, on vivait en clan… Vous pouvez retrouver  les fondements scientifiques de cette affirmation dans le livre « L’entraide, la deuxième loi de la jungle » de Pablo Servigne. Des études en psychologie sociale ont également montré que la bonté est innée chez l’être humain : vous trouverez toutes les expériences dans le « Plaidoyer pour l’altruisme » de Mathieu Ricard. 

Ceux qu’on traite de Bisounours ne sont pas des naïfs incapables de s’adapter à la réalité, certains sont même extrêmement bien informés. Il ne collent juste pas au paradigme dominant. Ils ne visent pas la « réussite » qui nuit aux autres. Ils ne voient pas le monde avec un « C’est comme ça » mais avec l’idée que  « Ça pourrait  être autrement ».

Pour moi, ceux qui croient que notre société va aller mieux  en continuant sur le même chemin avec les décisions qui en découlent: accaparement des richesses et de la nature, division des humains entre supérieurs et inférieurs ne sont pas non plus réalistes.

Mais une société meilleure, ce n’est peut-être pas ce qu’ils cherchent. Le repli pour améliorer le confort de la cellule familiale, peut importe les autres, peut être une façon de réagir si on voit le monde aussi négativement, et cela se comprend.

Soit, être réaliste, pour moi,  c’est être conscient des travers de l’humain mais surtout aussi croire à ses capacités d’empathie et d’entraide. Et ils sont nombreux ceux et celles qui se bougent au quotidien en bénévolat, en aide, en projets positifs… Ils sont juste très peu médiatisés.

Si vous vous faites traiter de Bisounours, il y a de fortes chances que vous ayez aussi été traité de bobo, ou de bobo gauchiste

 

Les bobos sont partout !

Le mot a été popularisé en 2000  par le journaliste américain David Brooks avec son livre « Bobos in  Paradise ».Chez nous, également,  via la chanson de renaud en 2006 où, sa description  de ce socio-style urbain (contraction de bourgeois et de bohème) était assez critique, mais aussi auto-critique.

Je n’ai jamais compris pourquoi c’est pire de faire partie de la classe aisée, instruite et d’avoir des valeurs humaines et écologistes… que d’être riche et de n’en avoir rien à faire des autres et de l’environnement.

Il me semble que ce qu’on reprochait aux bobos à l’époque, c’était de donner des leçons de morale, en achetant bio, en faisant du vélo… alors qu’ils avaient largement les moyens, eux, pour faire des choix coûteux.
On leur reprochait également de ne pas toujours être cohérent. Je n’ai jamais compris cette propension à chercher le truc polluant chez les écologistes, pour les insulter et décrédibiliser tous les efforts qu’ils font par ailleurs. Avoir une conscience écologique, c’est un chemin où les compromis sont souvent obligatoires dans notre société. Et encore une fois, quel est le mot, l’étiquette, pour ceux qui n’en ont rien à faire de l’écologie et qui polluent à tout va. Rien, nada…

Le terme bobo a été abondamment récupéré à des fins politique, notamment dans la facho-sphère. Marine Lepen, encore elle, l’a abondamment utilisé dans les médias comme d’autres politiques… On y colle souvent gauchiste pour ramener les questions d’écologie et sociales  aux “guerres politiques” qui divisent et polarise au lieu de parler des idées. Car ce n’est pas parce qu’on est de droite, qu’on ne peut pas avoir des valeurs humaines et se soucier de l’écologie. Même si gauche droite, pour moi, cela ne veut plus dire grand chose aujourd’hui.

Aujourd’hui le mot bobo, n’a plus la même signification, il est devenu très flou. Ce terme est utilisé pour toute personne qui ose murmurer une proposition pour l’écologie, ou une vision humaine, peu importe son niveau de vie. Pour recevoir l’insulte à coup sûr, c’est simple, il suffit de rappeler que “les migrants” ce sont avant tout des humains qui ont une famille oulala… ça y est, ça pleut.

Et quand on voit une robe trop canon à 5 €, c’est chiant d’avoir quelqu’un qui rappelle que le prix, que la bonne affaire on la doit à des couturières exploitées et à la destruction de environnement.  Çà nous fout le cafard, de la culpabilité…

Mais l’insulte bobo, ce n’est pas toujours dirigé vers une personnes, on parle des bobos comme des migrants, Ils sont la cause de tous les maux. Ils ont l’air d’être beaucoup, de faire de grosses actions. Ils doivent avoir une com de malade pour faire le buzz comme ça.

Pourquoi les politiques, une certaine droite néolibérale a tout intérêt à ce que ce mot continue de pulluler… Une piste : une pression plus forte des citoyens, pour que les objets de consommation soient plus juste au niveau environnemental et humains, la multiplication des boycotts, cela risque de ne pas être top pour la marge de profit des actionnaires. Et ça, c’est la pierre angulaire de notre monde capitaliste. Les Bisounours, les bobos, et les bobos gauchistes sont ces rabats joie qui disent qu’on ne peut plus faire comme on a toujours fait.

 

bisounours, bobos...doit-on accepter cette insulte ? Comment réagir ?

  1. On peut soit insulter en retour mais on risque une montée de la violence et au final, on ne fait pas fait avancer le schmilblick. Ne rien dire et s’écraser. Face aux trolls sur les réseaux sociaux, cela peut être une solution.
  1. On a le retournement du stigmate qui consiste à reprendre le mot insulte dont on a été affublés. On peut penser, par exemple,  à la marche des « Salopes ». Oui, j’assume d’être un ou une Bisounours.  Je ne suis mitigée avec cette façon de réagir…. Accepter l’étiquette Bisounours, c’est accepter le fait qu’on est dans un pays imaginaire et que nos propos sont irréalistes. J’ai l’impression que cela ne fait que confirmer l’avis de la personne qui insulte. 
  1. Mais il y a aussi répondre. Essayer de comprendre le point de vue de l’autre. Pourquoi la personne nous attribue cette étiquette et prendre le temps d’échanger de façon réfléchie, si c’est possible bien sûr. C’est souvent une vision du monde non partagée qui entraîne cette étiquette. On peut aussi partager les  études scientifiques, les faits qui appuient une vision alternative du monde. Mais ce n’est pas simple, les exemples positifs seront souvent reçus comme des exceptions. Pour moi, la résistance est de remettre sa légitimité et sont point de vue comme une vision également réaliste du monde et de continuer à proposer cette autre vision. Pour le mot bobo, je serai pour rappeler le véritable sens de ce mot, en le remettant en perspective.

 

Ma façon de réagir, par ailleurs,  est d’être un vecteur d’informations positives. Elles sont aussi contagieuses que les négatives. Partageons donc cette vision positive du monde, pour qu’elle puisse exister dans l’imaginaire collectif. On ne compte plus les médias alternatifs  qui pour remettre un peu d’équilibre partagent des bonnes nouvelles, des documentaires positifs.

Bref, merci à toute ces personnes qui se sont fait traiter de bisounours-bobos-gauchiste, pour défendre un projet de société plus juste.

SOURCES 

Monsieur Mondialisation, Bisounours l’insulte qui cherche à détruire l’altruisme, 08/2018, [https://mrmondialisation.org/bisounours-linsulte-qui-cherche-a-detruire-laltruisme-doxa/]

Caligula Dany, Doxa #20, l’altruisme, 26/09/2015, [https://www.youtube.com/watch?time_continue=1085&v=KULgc10GlCU]

Horizon Gull,  La France a peur : le syndrome du grand méchant monde, 11/11/2014, [https://www.youtube.com/watch?v=8WiiqssAME4]

Cassely, Jean-Laurent, Sondage : les bobos selon les français, le grand malentendu, 09/10/2013, [http://www.slate.fr/story/78698/les-bobos]

Berthier Aurélien, Développer une éthique langagière face à l’insulte (Entretien avec Laurence Rosier), 18/12/2017,[https://www.agirparlaculture.be/developper-une-ethique-langagiere-face-a-l-insulte-entretien-avec-laurence-rosier/]

Journal international, TV5 monde, interview par Marian Naguzewski, Qui sont les bobos ?, 16/02/2014, [https://www.youtube.com/watch?v=b7X9hNhZ8ek]

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