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Où est le sens ?

Une couverture de livre avec les mots “sens”, « cerveau” et “avenir ”, c’est le combo gagnant pour me pousser à l’achat impulsif. 

Ça m’a aussi permis d’épuiser un bon cadeau → auto-justification déculpabilisatrice 😊.

L’essai « Où est le sens ? » s’intéresse à notre cortex cingulaire. Cet appareil neuronal tire la sonnette d’alarme dès qu’un manque de sens se fait sentir. 

L’auteur, Sébastien Bohler est polytechnicien, docteur en neurosciences et rédacteur en chef du magazine Cerveau & Psycho. Un  profil qui laisse présager des informations bien documentées et d’intéressants aller-retours entre sciences et philosophie. 

Voici un court résumé du livre suivi de mes impressions. 

Cortex cingulaire : Prédire= contrôle = survie

Depuis le début de notre apparition sur terre, le cortex cingulaire nous aide à survivre dans des conditions hostiles. C’est lui qui nous permet de faire des prédictions sur le réel, de donner du sens à nos observations en faisant des liens entre-elles : 

🍃Branche cassée + 💩crottes tièdes —> 🐆prédateur dans les parages

Son rôle ? Chercher un ordre intelligible, un sens entre les choses. Cela permet à l’humain d’avoir un certain contrôle sur le réel et de pouvoir prendre des décisions. Cela nous évite aussi d’être en permanence sur le qui-vive.

Mais si nos prédictions sont fausses ou que nous sommes confrontés à l’incertitude, notre cortex cingulaire envoie des messages d’erreur 🚨🚨🚨. C’est le cas, par exemple, si les indices de présence d’un animal ne nous permettent pas de trancher entre la promesse d’un bon repas 🍗 ou d’un rapide trépas si c’est un prédateur🐆

Notre société fait exploser les incertitudes

Le sens cosmique (nature, esprit des animaux) de nos ancêtres a laissé place à un sens social et moral par la croyance  des grandes civilisations en UN Dieu sacré. Jusqu’il y a peu, ces sens « Méta » de l’univers apaisaient notre besoin de sens. Mais en faisant tourner la terre autour du soleil (vers 1600), en créant la loi de la sélection naturelle ( vers 1840), Galilée et  Darwin ont dissocié le sens du sacré.

Depuis que la science a rationnalisé le réel, nous avons acquis du pouvoir sur les choses matérielles mais perdu le sens moral (ce qui est bien ou mal).

Sébastien Bohler détaille ensuite comment notre société actuelle met à mal notre besoin de sens via :

  • la promotion de l’individualisme, la compétition, l’accélération de la vie.
  • la cohabitation de plusieurs systèmes de sens (religions, idéologies… que croire ?  qui croire ?). Il n’y a plus de vision partagée par tous et toutes.
  • la surcharge d’information et les infos contradictoires qui nous empêchent d’interpréter le réel.
  • l’éco-anxiété, on ne veut plus aller vers l’avenir (fin du monde). Il n’y a pas de vision partagée, de récit de préservation de la planète.
  • la concurrence mondiale → instabilité de l’emploi, des relations.
  • la dissonance cognitive (1 français sur deux fait un travail en désaccord avec ses valeurs)

Tous ces éléments nous ont habitué à vivre avec une angoisse latente devenue imperceptible.

Nous compensons cet absence de sens par :

  • des mécanismes d’auto-justification. ex : le financier qui se persuade d’aider des start-up par philanthropie. 

  • le déni. Les addictions comme l’alcool et les autres drogues couvrent les messages d’erreurs du cortex cingulaire. Les distractions nous empêchent de penser et de faire face à nos contradictions (réseaux sociaux, TV, jeux vidéos…). 

  • la création de microcertitudes. La technologie assouvit le besoin de contrôle (app de monitoring de soi : régime, course à pied…), la consommation de masse remplace le besoin de sens.
  • en gonflant l’estime de soi : par l’achat de biens et d’expériences visibles pour se donner de la « valeur ».
  • en cherchant l’argent. L’argent crée un sentiment de contrôle, d’autonomie et de maîtrise. C’est une preuve que l’on maitrise les règles de la société et donc cela booste l’estime de soi.

  • en cherchant un groupe d’appartenance, de préférence homogène avec des codes simples et visibles. Agir comme nos semblables amoindrit les messages d’erreur. Mais ce type de groupe est par nature discriminant.

  • en se tournant vers le passé avec une lecture fantasmée du passé : un best of extrait artificiellement du réel résumé par « C’était mieux avant ».

  • en adhérant aux thèses de complotisme et de post vérités. Notre besoin de sens nous fait rechercher des causes et des liens entre les événements. On va souvent penser au pire et inventer des causalités inexistantes, se créer une histoire pour assouvir notre besoin d’ordre.

    Une étude a montré que “Ranger son bureau préserve des théories du complot”. En effet, des personnes a qui ont avait demandé de ranger une pièce avant de passer le test n’avaient plus besoin de trouver du sens dans le nuage de points aléatoires qu’on leur présentait. Contrairement aux personnes qui n’avaient rien rangé et qui s’évertuaient, elles,  à trouver des motifs, des liens entre les points. 

Comment retrouver du sens aujourd’hui ?

La piste de Sébastien Bohler.

Augmenter le sens de nos existences diminue de facto la (sur)consommation délétère. Retrouver un sens Méta est donc nécessaire pour préserver la planète.

Le socle du sens est de se baser sur une valeur sacrée (une valeur inébranlable, absolue et indiscutable) dont découlera l’organisation de la société. Pour l’auteur, si nous souhaitons un avenir pour la planète, cette valeur sacrée serait la préservation de la planète via la neutralité carbone.

Cela s’accompagnerait d’un nouveau système moral qui définit un bien et un mal pour réguler l’action sociale et individuelle. Ce système moral pourrait se créer sur les connaissances scientifiques qui permettent d’identifier ce qui est Bien ou Mal pour la préservation du monde vivant.

Il faut également créer des récits de cet avenir souhaitable. Créer une vision du monde partagée qui tend vers un but : la préservation du monde habitable.

Plus encore, cela se fonderait sur une reconnexion et une connaissance du monde vivant en suscitant à nouveau l’émerveillement. Un nouveau sacré accompagné de sacrifices et de rituels.

Le hic ? L’homme est un coopérateur conditionnel. Il est capable d’énormes sacrifices à condition d’avoir l’assurance que les autres de sa communauté feront de même. Cela ne peut donc pas marcher sans la sureté d’une justice sociale effective et donc aussi une autre vision du mérite (pas par l’accumulation et la captation des richesses du groupe au détriment de ses membres).

MES IMPRESSIONS

Ce livre confirme mes précédentes lectures. Notre cerveau est câblé depuis la nuit des temps pour chercher du sens et il s’empresse d’en inventer un de toute pièce s’il n’en trouve pas -> avant c’était le « Dieu de la pluie », aujourd’hui « les théories du complot ».

Je trouve l’approche systémique proposée par ce livre assez intéressante. Cela m’a permis de voir les acheteurs de SUV, les addicts à la surconsommation, les réac racistes non pas comme de sombres C******. Mais de comprendre ces comportements aussi comme une réponse à l’état de la société, une façon de compenser une ambiance d’incertitudes anxiogènes avec des artefacts de sens.

Pour moi, la piste de solution proposée par l’auteur d’un “sens écologique” se heurte à deux problèmes de taille :

  • pour remporter une adhésion, elle présuppose la restauration d’une justice sociale, une certaine confiance dans le fonctionnement de la société, envers les dirigeants, les médias… Ce n’est pas gagné ! Le combat militant sur le sujet dure depuis dès années sans succès majeur. On se heurte au mur des multinationales qui ont quasiment tous les pouvoirs.
  • Cela présupposerait aussi une totale objectivité de la science qui devrait poser les bases du bien et du mal. Or on sait que rien que le choix des sujets des études menées est déjà cadré, subjectif ou orienté. Mais aussi que les résultats pourront être interprété et communiqué de manières très diverses ( Voir le documentaire : La fabrique de l’ignorance).

Au niveau écriture, l’auteur se répète souvent, mais j’ai aimé quelques phrases bien senties comme :  “Être botoxée nous rend moins empathique” ou “l’angoisse de la mort nous donne envie d’être bronzé” dont l’incongruité a durablement installé les concepts dans mon esprit ;-).

Bref, un livre intéressant qui se lit assez facilement et rapidement. Cet essai vient se rallier aux constats et pistes de solutions qui émergent de nombreux livres pour le moment : il est urgent de créer un nouveau récit inspirant, soutenable et souhaitable. Urgent de redonner un sens profond à nos vies en se reconnectant au monde vivant ! 

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