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Éco-conception graphique : comment créer un design écologique ?

Saviez-vous que certaines polices d’écriture permettent d’économiser jusqu’à 30% d’encre ? que retirer un aplat de couleur de 2cm sur une feuille peut vous en faire économiser 50 %  ?

Et qu’en plus d’être écologique, ces recommandations d’éco-conception graphique ont permis de faire gagner des millions d’euros à de grosses organisations ?

Comment réduire notre impact écologique ?

Comment l’éco-conception guide la communication responsable et l’éco-conception graphique de nos supports de communication ?

❓L’écoconception est un terme désignant la volonté de concevoir des produits ou des services en réduisant leurs impacts environnementaux et sociaux. Cela passe par le respect des principes du développement durable. (Ce terme recouvre des préoccupations écologiques, sociales et économiques même si l’on peut regretter la notion de croissance toujours présente dans la définition- je préfère pour ma part parler de cycle de vie soutenable).

L’intérêt de cette approche, c’est qu’elle prend en compte les impacts environnementaux lors de la conception du produit et tout au long de son cycle de vie (matière première, fabrication, logistique, diffusion, l’usage, et fin de vie).

eco-cnception graphique-cycle de vie-evetopie

Eco-branding ? Une menace de greenwashing ?

Ces concepts ont donné naissance à un mot « marketing » l’éco-branding : éco-conception d’image de marque. C’est fou cette tendance aux anglicismes pour créer des mots plus vendeurs… Méfiance, ça pourrait avoir une petite odeur de greenwashing…

Et si, dans une démarche d’anti-infobésité et de minimalisme, nous revenions à l’essentiel ?

Cela implique de relever un défi de taille :

Marier utilité, simplicité, efficacité et impact visuel !

Penser Eco-conception graphique avant tout...

L’idéal est d’avoir cette réflexion d’éco-conception avant même de concevoir la charte graphique de l’organisation, cela permet de partir d’une page blanche (crème si recyclée 😉).

Les économies d'échelle : une catastrophe écologique !

Le principe des économies d’échelle est simple : au plus le nombre d’impression commandés chez l’imprimeur est grand, au moins cela coute à l’exemplaire. Ce principe étrange entraîne des situations aberrantes : parfois 100 exemplaires coûtent la même chose que 1000 exemplaires ou pire coûte plus cher (cela semble surréaliste mais ça m’est déjà arrivé).

Résultat : la tentation est grande d’en imprimer plus que nécessaire (juste au cas où… ).
D’expérience, c’est souvent un mauvais calcul. Ces surplus doivent être stockés quelque part (et le stockage ça coûte). Sans oublier qu’une personne dépensera un jour de l’énergie pour trier les caisses poussiéreuses. Et au final, des centaines brochures neuves mais obsolètes finiront à la poubelle sans même avoir vu le jour. L’arbre mort pour elles doit se retourner dans sa tombe.

Ce principe des économies d’échelle nous incite insidieusement à gaspiller du temps, des matériaux (papier, encre…), de l’énergie et du temps.

Une stratégie de diffusion pensée en amont

Pour éviter ça, une des solutions est de prévoir la stratégie de diffusion dès la conception du projet. Mais aussi d’avoir une vraie réflexion sur la durée de vie des supports de communication.

De même, coupons court aux automatismes ! Doit-on vraiment imprimer 200 rapports d’activités ou serait-ce plus adapté de proposer une version web ?

Quel est l’usage de ce rapport ? Quelle est la solution la plus pratique (un résumé papier, une version longue en ligne) ?

💡Astuces pour les organisateurs d'événements

  • Si vous organisez souvent des événements, pensez à créer une signalétique réutilisable (pas de date, flèche que l’on peut mettre dans différents sens…).
  • Autre truc : récupérez les badges (mentionnez-le quand vous les distribuez et montrez la boite où les déposer à la fin- le taux de retour est assez bon).
  • Et finalement, n’oubliez pas de récupérer les supports papiers réutilisables.

Choix du papier : la jungle du papier recyclé

Même avec toute la bonne volonté du monde, c’est compliqué de s’y retrouver. Il existe des dizaines de labels et la traçabilité de certaines matières est parfois floue. Sans oublier que certains matériaux correct au niveau écologique ne le sont pas au niveau social (conditions de travail) ou économique (exploitation).

Le support le plus écologique est le papier 100% recyclé de post-consommation (il doit avoir été utilisé), non désencré et non blanchi. Il est donc de couleur gris-beige clair. On parle de papier recyclé quand les déchets de papier représentent au moins 50% de sa composition. A savoir qu’un papier peut être recyclé 5 à 10 fois avant de devenir inutilisable.

Les papiers recyclés sont moins blanc qu’un papier non recyclé, le graphiste doit donc le savoir avant de commencer son travail pour prendre ce paramètre en compte dans sa gestion des couleurs. 

Que signifient les différents labels ?

eco-conception graphique -labels choix papier
  • FSC recyclé : 100% recyclé dont 85 % de papiers usagés.
  • Label Ange Bleu (Blauer Engel) : Label allemand exigeant 100% recyclé, sans produits chimiques. 
  • PEFC Recyclé : 70% recyclé
  • PEFC Certifié (forêts certifiée ou recyclage).
  • Label Apur : au minimum 50% recyclé

Les labels Nordic Swan, l’Ecolabel européen (il prend surtout en compte les pollutions causées par la production du papier), Paper by nature ou FSC mixte ne garantisse pas que le papier est réellement recyclé.

Les labels FSC ou PEFC garantissent le coté durable de la production des fibres (écologie, sociale et économique). Par contre, il ne garantissent rien au niveau de la production.

💡Un choix tactique des supports peut également réduire l’impact. Par exemple, les formats classiques (A4, A5,…) génèrent moins de chutes de papier que les formats originaux.

Les encres végétales

Les encres végétales sont de plus en plus courantes dans les imprimeries. Elles sont composées d’huiles végétales, de pigments, de résine et d’additifs. Une composition beaucoup plus propre que les huiles minérales qui contiennent des hydrocarbures.

De plus, leurs couleurs intenses permettent aussi de diminuer la quantité d’encre utilisée et de réduire les composés organiques volatiles (COV). Malheureusement, il est souvent difficile d’avoir une traçabilité des huiles utilisées. Or, de nombreuses huiles sont obtenues via l’agriculture intensive ou la déforestation.

Comment réduire les quantités d'encre ?

Pour imprimer une page de texte classique, on encre en moyenne 10 % de la page. Avec un bandeau de couleur qui recouvre aussi 10% de la page, on double d’un coup notre consommation d’encre. Les aplats de couleurs sont très gourmand. Les éviter, permet donc de grosses économies chez les imprimeurs mais aussi pour les particuliers qui imprimeront votre document.

Saviez-vous qu’un noir à 85 % d’intensité reste aussi lisible qu’un noir 100 % mais consomme la moitié moins d’encre. 

Dans les principes de l’éco-conception graphique, il est aussi possible de prévoir une version spécifique pour les impressions de bureau où l’on supprime les aplats de couleurs, les photos non nécessaires et où l’on passe le noir à 85%… 

Un design repensé sera souvent également plus léger sur Internet.

Chez l’imprimeur, certains choix sont plus polluants que d’autres : 

  • Au niveau technique, on préférera travailler avec les 4 couleurs classiques d’impression (CMJN) plutôt qu’avec des Pantones (des couleurs uniques) qui nécessitent beaucoup de ressources pour nettoyer les machines d’impression.
  • Les couleurs métallisées (dorées, argentées…) contiennent des particules métalliques.
  • Et au niveau des finitions, il est intéressant de se poser la question de l’utilité d’un pelliculage plastique ou d’un vernis.

💡Pour économiser et diminuer l’impact écologique, il est intéressant de créer des versions monochome des logos (impression sur tee-shirt ou autre). 

On pourra aussi intégrer la dimension durable dans les appels d’offre, privilégier des imprimeurs locaux, et discuter avec eux pour connaitre les solutions durables qu’ils proposent. 

Typographie responsable - polices écologiques

Pas facile de s’y retrouver…
Il y a d’une part, les polices de caractères qui permettent de consommer moins de papier (des polices de caractères fines et étroites, petites où la  taille de corps-approche-chasse- permettent de mettre plus de mots sur une page).

Et d’autre part, celles qui permettent de consommer moins d’encre (fine ou trouée). Dans cette logique, plus les lettres sont grasses, plus elles sont gourmandes en encre. Utiliser la version light d’une police classique ou imprimer plus petit permet donc aussi de faire des économies.

Moins évident, mais avec l’omniprésence des écrans, il est judicieux de choisir une police facilement lisible à l’écran. Histoire d’éviter que les lecteurs soient tenté d’imprimer le PDF.

Polices écologiques classiques :

Garamond : elle économise 24% de toner car elle est plus petite, pour le confort de lecture, elle est souvent utilisée en 14 (on reperd donc le gain).

Pour l’anecdote, un américain de 14 ans Suvir Mirchandani a comparé la consommation d’encre des polices d’écriture courantes et a découvert que la Garamond permettrait de réduire la consommation d’encre de son collège de 24% soit une économie de 21 000 dollars par an ! 

eco-conception graphique -comparatif de polices
  • Century Gothic : police fine (30 % d’encre en moins que l’Arial) en 10 pt
  • Cambria 11pt
  • Calibri 11pt : police assez étroite.
  • Times new Roman 11pt

Eco-conception graphique et ses Polices éco-conçues

Il existe également des éco-fonts qui consomment jusqu’à 50% d’encre de moins que leur équivalent classique . On réduit le nombre de pixels imprimés en créant des « trous » imperceptibles à l’oeil humain.

Par exemple :
Eco-font est une police gratuite développée par une agence de communication (Spranq Creative communication) qui permet d’économiser 28% d’encre. (mettre image). Les trous sont imperceptibles en dessous de la taille 14.

Télécharger la police Eco-font

eco-conception graphique-police ecofont

Ryman eco était également une police éco-conçue. Les lignes blanches permettrait de consommer 33% d’encre de moins qu’une police stantdart, mais elle n’est plus distribuée.

Il existe un logiciel de conversion qui permet d’alléger automatiquement la consommation d’encre des polices classiques (Arial, Calibri, Tahoma, Times New Roman et Verdana..). Cette solution fonctionne un peu comme un pilote d’imprimante pour les grandes entreprises. Il est possible d’alléger de nombreuses polices d’écriture.

Fabriquer des contenus durables

Les contenus aussi peuvent être durable. Voici quelques astuces pour améliorer l’espérance de vie des supports :

  • mettre les adresses de service et non les adresses personnelles des travailleurs·euses
  • éviter les formulations de type « depuis 10 ans« , préférez « depuis 2011« .
  • éviter les références à l’actualité (mondial de footbal, covid…)

 

Au niveau graphique, pour durer, 2 solutions opposées :

  • soit être sobre et intemporel,
  • soit sortir complètement des codes.

 

Suivre les tendances design originales de l’année a tendance à se dater très vite.

 

Communication responsable : une vision à 360 °

Ces préoccupations d’éco-conception graphique et de communication responsable sont également à relier aux questions d’accessibilité à tous les publics et d’inclusion de la diversité.

Une bonne nouvelle, de nombreux principes se recoupent : simplification, sobriété, contraste… et notre société commence petit à petit à explorer ce domaine.

Vous avez d’autres sources intéressantes ? Des suggestions, des remarques, des retours d’expériences ? N’hésitez pas à m’en faire part en commentaires. Je serais ravie d’échanger à ce sujet et de compléter ces informations.

► Un article sur l’allégement en encre des logos : https://graphiste.com/blog/leco-conception-en-graphisme-pourquoi-et-comment

► Un guide qui présente les principe d’éco-conception pour le numérique : https://eco-conception.designersethiques.org/guide/fr/ 

 

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